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lundi 30 décembre 2013

Contempler Isis dévoilée




Le jour est le domaine du soleil et la nuit celui de la lune ; le soleil règne sur ce qui est clair, précis, et la lune, au contraire, règne sur le flou, l’indistinct, à la limite de deux mondes. Au soleil est donc associée la connaissance objective, rationnelle, et à la lune la sensibilité, l’imagination, les facultés médiumniques. La lune a en réalité plusieurs aspects, mais pour faciliter les choses, nous n’en retenons que deux ; un aspect inférieur qui se caractérise par les illusions, les fantasmes, les aberrations, et un aspect supérieur qui est l’imagination créatrice, la véritable inspiration.

Beaucoup d’artistes se plaisent dans la région crépusculaire de la lune ; ils sont fiers d’apporter par leurs créations des éléments qui échappent à notre perception ordinaire des choses ; le rêve, l’étrange, le fantastique. Mais cette irruption dans l’univers du vague et de l’obscure comporte des dangers et certains, qui n’étaient pas bien armés, ont fini lamentablement : l’alcool, la drogue, la folie, le suicide. Dans la mesure où ils vivent et travaillent dans un plan supérieur au plan physique, on peut dire que les artistes sont des voyants, et c’est bien sûr un progrès par rapport à ceux qui voient seulement ce qu’ils ont sous les yeux. Mais ce n’est un vrai progrès qu’à la condition de ne pas stagne dans les marécages de l’astral : ces régions-là ne doivent être que des lieux de passage, il faut les traverser pour aller plus haut, là où la Lune, Iésod, reçoit l’influence du Soleil, Tiphéreth.

Quand les garçons et les filles possèdent des dons artistiques qu’ils souhaitent développer, on se contente de les accueillir dan s des écoles, des académies, des conservatoires où on leur donne sur l’art des notions et des règle surement formelles ; on ne les instruit pas sur ces régions intérieures qu’ils iront explorer et d’où ils ramèneront les éléments de leur inspiration. C’est pourquoi tellement de créateurs sont inspirés par la région ténébreuse de la Lune ; Et même s’ils prétendent faire découvrir aux humains des horizons nouveaux, en réalité ils les influencent très mal. Ils ont des dons, des talents, c’est entendu, mais cela ne suffit pas, car pour être véritablement créateur, il faut capter des éléments solaires.

Parvenir à soulever un voile, à ôter un voile, est le but de l’Initiation. C’est l’origine de l’expression « soulever le voile d’Isis » transmise par la tradition. La déesse Isis est, dans la religion Egyptienne, l’épouse du dieu Osiris. Dans cette grande figure féminine, les Initiés ont vu un symbole de la Nature primordiale de laquelle sont sortis tous les êtres et tous les éléments de la création. Cette Nature impénétrable pour l’homme ordinaire, les Initiés en ont fait leur principal objet d’étude ; parce qu’ils veulent la connaître, ils s’appliquent à rechercher et à comprendre toutes les existences qu’elle engendre et à travers lesquelles elle se manifeste, jusqu’à découvrir la réalité ultime.

« Soulever le voile d’Isis » est évidemment une image, et il se peut qu’elle soit très mal comprise par certains ; tout de suite ils y verront quelque chose de trivial… une femme à qui on ôte ses vêtements ; Mais les véritables Initiés laissent les femmes tranquilles, car ce qu’ils cherchent est ailleurs. Leur ambition est d’ôter le voile de la nature et ils ne peuvent y arriver que par la plus grande pureté, la plus grande maîtrise ; Alors Isis se découvre à eux dans toute sa splendeur. Pour un Initié, la véritable connaissance est une mise à nu. Mais il est dommage que cette question de la nudité soit obscurcie par tous les préjugés et les tabous dont elle fait l’objet depuis des siècles et qui l’associent toujours à la sexualité. Certains ne peuvent pas lire ou entendre le mot « nudité » sans qu’immédiatement leur imagination commence à divaguer. Il est temps qu’ils aillent plus loin pour comprendre que la notion de nudité peut être transposée sur d’autres plans que le plan physique.

Le voile d’Isis, c’est le mystère de la nature vivante que nous n’avons pas encore réussi à pénétrer. Et par « nature », il faut également comprendre l’être humain ; lui aussi, comme la nature, est enveloppé de voiles, c’est pourquoi il épreuve tant de difficultés pour parvenir à la connaissance véritable ; La véritable connaissance exige que nous parvenions à nous élever jusqu’aux régions sublimes de l’esprit. Quand nous cesserons de nous voiler et de voir les autres à travers les verres déformants de nos corps opaques, nous pourrons enfin savoir ce qu’est l’être humain dans les régions sublimes ; une immensité, une lumière, une splendeur. Tous les hiérophantes du passé ont donné le même enseignement, ils révélaient au disciple que l’être humain est à l’image de la nature, voilé lui aussi ; enfoui sous les couches de matière habite un esprit, une étincelle, un être indestructible, omniscient, tout-puissant. Dieu lui-même. Celui qui par l’ascèse, la prière, le renoncement, sera capable d’obéir aux exigences de l’esprit verra apparaître devant lui Isis dépouillées de ses voiles.

En réalité, il y a encore beaucoup de choses à dire sur la nudité, car ce mot peut être pris dans deux sens opposés. Dire de quelqu’un qu’il est nu peut signifier qu’il est pauvre, misérable, privé de toutes les qualités et vertus, justement ce qu’on appelle « le dénuement ». Mais comme je viens de dire, cela peut signifier aussi qu’il n’a plus ni enveloppes, ni carapaces, qu’il est parfait, libre, qu’il est dans la vérité. Seuls les êtres divins sont ainsi nus ; mais pour traduire cette nudité, on les présente souvent enveloppés de lumière ; c’est la lumière de leur esprit qui a réussi à traverser la matière de leur corps au point de devenir pour eux un vêtement. Mais il est très difficile de trouver dans le vocabulaire des mots qui traduisent exactement les réalités de la vie spirituelle, il faut avoir recours à des comparaisons, à des images, même si parfois elles finissent par paraître contradictoires.

Ce vêtement est le symbole de l’aura. L’aura est notre véritable vêtement. Pour le mériter, nous devons nous débarrasser de tout ce qui nous rend pesant et nous obscurcit. On peut donc dire que l’être humain n’est jamais nu : non seulement son corps physique est un vêtement, mais aussi ses autres corps plus subtils. Pour parvenir à la véritable nudité, il doit accomplir un travail intérieur gigantesque, irréalisable presque : donner à l’esprit en lui un tel pouvoir qu’il semble pulvériser le corps physique et le transformer en lumière, comme cela s’est produit pour Jésus lorsqu’il fut transfiguré sur le Mont Thabor. Pourquoi fait-on toujours mention de la lumière quand on veut décrire ces phénomènes de la vie intérieure ? Parce que la lumière justement est à la frontière du monde visible et du monde invisible, du matériel et du spirituel.

Seule la vérité est nue. Pour s’élever jusqu’à cette nudité, il faut se libérer de tout ce qui en nous est trouble, opaque, imperméable au monde divin. Lorsqu’on atteint cette nudité, on peut aller très haut afin de recevoir des messages, des conseils, l’aide de Dieu. Devant le Ciel, on doit faire son possible pour se présenter nu ; et plus on se dépouille, plus on s’élève. Ensuite, quand on redescend, car on est toujours obligé de redescendre –tant qu’on est sur la terre, il faut remplir aussi les tâches de la terre – on rentre dans ses vêtements, c'est-à-dire on reprend toutes ses activités, ses projets, ses relations avec la famille, les amis, les voisins, les collègues de travail etc… Pour le monde, pour la société, il est nécessaire d’être vêtu, mais pas pour le Ciel ; le ciel n’aime que les êtres nus. Vous voyez quelle image magnifique les Initiés ont donnée quand ils ont parlé de contempler Isis dévoilée !


Pour le moment, je ne vous en dirai pas plus. C’est à vous de méditer sur ce que représente le voile d’Isis. Seul celui qui s’est purifié peut écarter ce voile et connaître la réalité, car les mystères d’Isis sont les mystères de Iésod.