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lundi 5 janvier 2015

LA FAMILLE COSMIQUE ET LE MYSTÈRE DE LA SAINTE TRINITÉ


Il n'existe rien dans le monde visible qui ne soit un reflet, une représentation du monde invisible. Prenons l'exemple de la famille, schématiquement le père, la mère, le fils, la fille: c'est une réalité sur la terre. Eh bien, on doit comprendre qu'au niveau le plus élevé la famille existe aussi, sous forme de principes cosmiques qui travaillent dans l'univers.

Et ces principes cosmiques sont représentés par le nom sacré de Dieu, Iod Hé Vav Hé que la tradition kabbalistique appelle aussi le Tétragramme (du grec « tétra »: quatre, et « gramma »: lettre). Les quatre lettres du nom de Dieu correspondent aux quatre principes qui agissent dans l'univers, et qui agissent aussi dans l'homme, car l'homme a été créé à l'image de l'univers. Iod est le principe masculin créateur, la force primordiale qui est à l'origine de tous les mouvements: l'esprit, le Père.

Hé représente le principe féminin qui absorbe, conserve, protège et permet au principe créateur de travailler en elle: l’âme, la Mère. Vav représente le Fils qui naît de l'union du Père et de la Mère. Il est le premier enfant de cette union et il se manifeste aussi comme principe actif, mais à un autre niveau. Le Fils, c'est l'intellect, qui marche d'après la ligne du Iod, et d'ailleurs graphiquement le Vav est un prolongement du Iod. Le deuxième Hé représente la Fille. La Fille est la répétition de la Mère, c'est le cœur. Les quatre lettres du nom de Dieu   représentent donc le Père: l'esprit; la Mère: l'âme; le Fils: l'intellect, et la Fille: le cœur.

Dans l'Arbre de la Vie, ces quatre principes correspondent aux premières séphiroth: Kéther est le Père, Hohmah le Fils, Binah la Fille. « Et la Mère? » direz-vous. La Mère correspond à la séphira Daath. C'est Elle, la Mère Divine que les kabbalistes ont aussi mentionnée sous le nom de Shékinah. La Shékinah est l'épouse de Dieu... Oui, Dieu a une épouse, que les chrétiens me pardonnent et ne soient pas offusqués! Moi aussi, je suis chrétien, mais ce n'est pas une raison pour ne pas réfléchir et essayer de comprendre la réalité des choses.

Mon intention - et celle des kabbalistes - n'est pas de donner une épouse à Dieu dans le sens où sur la terre un homme épouse une femme. Mais dans la mesure où la famille est une réalité en bas, elle est aussi une réalité en haut; seulement cette réalité se manifeste différemment: il s'agit d'une analogie et non d'une identité. Dans la Table d'Emeraude, Hermès Trismégiste dit: « Tout ce qui est en bas est « comme » ce qui est en haut, et tout ce qui est en haut est « comme » ce qui est en bas. » Il s'agit donc bien d'une analogie, d'une ressemblance.

Les chrétiens répètent: Père, Fils et Saint- Esprit, sans s'étonner que, dans cette Trinité, aucun principe féminin ne soit mentionné. Pourtant, on ne peut pas ne pas se poser de question. Quand on entend énumérer: Père, Fils... qui sont des termes évoquant la famille, comment ne pas être surpris que le troisième membre de cette famille soit le Saint-Esprit? Et qu’est-ce qu'une famille où il manque la mère? Dans cette famille-là, elle est absente: a-t-elle été remplacée par le Saint-Esprit, et pourquoi? Ah ça, il faudrait demander aux Pères de l’Eglise pourquoi ils ont jugé bon de faire du Seigneur un célibataire endurci! Les trois entités de cette Trinité: Père, Fils et Saint-Esprit sont masculines et il est anormal qu'il n'y ait aucune place pour le principe féminin. Car, comprenez-moi bien, c'est de principes qu'il s'agit.

Oui, c'est parce qu'ils ont éliminé la Mère Divine en tant que principe cosmique que les théologiens chrétiens ont donné ensuite une telle place à Marie, bien qu'il faille peut-être voir, dans les Vierges noires que l'on trouve dans certaines églises, une trace de cette Mère  cosmique.

Ils lui ont donné une trop grande place, justement, en lui attribuant des vertus et des pouvoirs qu'une femme ne peut posséder. Elle a été déclarée « Immaculée Conception », c'est-à-dire « conçue sans péché », donc préservée du péché originel, et elle-même aurait « conçu Jésus par l'opération du Saint-Esprit ». Je ne suis pas contre; si cela fait du bien à certains d'avoir une telle image de la mère de Jésus, mon Dieu, qu'ils continuent!

Seulement je suis obligé de constater que cela contredit toutes les lois de la nature établies par l'intelligence cosmique. Quels que soient la grandeur, l'élévation et le caractère divin d'un homme, physiquement, il ne peut pas avoir été conçu du Saint-Esprit.

Comment peut-on confondre Marie et la Mère Divine? J'estime Marie, je l'apprécie, je ne veux pas la diminuer, mais pour aussi sainte qu'elle soit, on ne peut tout de même pas faire d'elle la Mère Divine! Les chrétiens n'ont rien compris de l'immensité de ce principe cosmique, qui est la part féminine du principe créateur. L'être que l'on appelle Dieu et que le christianisme représente comme une puissance masculine est en réalité masculin et féminin. Pour qu'il y ait création, manifestation, il faut qu'il y ait polarisation, c'est-à-dire présence d'un principe masculin et d'un principe féminin. Pour se manifester, Dieu doit être à la fois masculin et féminin. C'est ce que l'on enseignait aussi dans les Initiations orphiques: Dieu est mâle et femelle.

Pourquoi les Pères de l'Eglise ont-ils supprimé la Mère Divine? Etaient-ils tellement puritains que l'idée d'une épouse de Dieu les offusquait? La véritable raison en est sans doute qu'ayant absolument identifié Jésus au Christ, au point de prétendre qu'il est réellement le fils unique de Dieu descendu s'incarner sur la terre, il fallait évidemment lui donner une mère qui n'avait presque plus rien d'humain. Ils ont donc identifié Marie à la Mère Divine comme ils avaient identifié Jésus au Christ. Là encore, je veux bien, mais est-ce la vérité? Marie a été une femme, elle n'est pas la Mère Divine qui a formé tous les mondes. Marie n'est pas la Mère de Dieu, elle a été la mère de Jésus, et Jésus n’est pas un principe cosmique, Jésus a été un homme, un des plus grands parmi les fils de Dieu qui sont descendus sur la terre, mais c'était un homme, et le Christ est le principe cosmique qui est venu habiter en lui. Pourquoi tout confondre? Et Marie était, bien sûr, une femme exceptionnelle, puisque le Ciel l'a choisie pour être la mère d'un tel être, mais on ne peut pas lui donner la place de la Mère Divine.

Les quatre lettres du nom de Dieu Iod Hé Vav Hé représentent donc les quatre principes qui sont à la base de la création: le Père Céleste et la Mère Divine qui se prolongent dans le Fils et la Fille. Sur l'Arbre séphirotique ce sont donc Kéther. le Père, Daath: la Mère, Hohmah, le Fils, le Verbe, et Binah, la Fille, la Nature.

Vous direz: « Mais alors, il faut rejeter la Trinité PèreFils-Saint-Esprit? » Non, mais il faut comprendre à quoi correspondent ces trois principes. Le christianisme définit la Sainte Trinité comme le mystère d'un seul Dieu en trois personnes. Non, la Sainte Trinité n'est pas un mystère, ou plutôt ce n'est un mystère que parce qu'on n’a pas su se servir de la loi de l’analogie. Pour comprendre, il faut faire appel au soleil.

Le soleil est cette formidable puissance créatrice de vie qui se manifeste par la lumière et par la chaleur. Celui qui est capable d'approfondir ces manifestations découvrira les relations qui existent entre la vie, la lumière et la chaleur du soleil et la Sainte Trinité: Père Fils-Saint-Esprit.

A tous les niveaux de la création, du plan physique au plan divin, on retrouve ces trois principes: la vie, la lumière, la chaleur. Dans le plan spirituel, la vie se manifeste comme sagesse (lumière) et comme amour (chaleur), et ce sont ces trois principes: vie, sagesse et amour que l'on retrouve dans la Sainte Trinité: le Père, le Fils et le Saint-Esprit qui sont indissociables les uns des autres comme sont indissociables la vie, la lumière et la chaleur du soleil. Vous voyez, le mystère d'un seul Dieu en trois personnes n'est pas si difficile à élucider. Ce qui reste mystérieux, c'est seulement l'immensité, la splendeur de cette essence primordiale d'où sont issues toutes les existences et sur laquelle nous n'aurons jamais fini de méditer.

Dans l'Arbre séphirotique, la Sainte Trinité est donc représentée par les trois séphiroth Kéther, Hohmah et Binah. Quand nous prononçons le mot « Dieu », nous devons savoir qu'en réalité nous touchons ces trois premières séphiroth. « Mais alors, direz-vous, quelles sont leurs relations avec le Père, le Fils et le Saint Esprit ?  Est-ce qu'on peut les mettre en correspondance?» Oui, mais à condition de savoir manier les correspondances intelligemment, délicatement.

Kéther, la Couronne, représente le Père, la Source de la vie; cela est clair, cette correspondance ne présente aucune difficulté. Hohmah, la Sagesse, la deuxième séphira, issue du Père, peut être considérée comme le Fils, le Verbe proféré par le Père, la lumière qu'il a projetée de Lui-même pour créer.

Binah, la troisième séphira, correspond au Saint Esprit qui est donc considéré là comme une puissance féminine. Beaucoup vont s'indigner: « Comment? Le Saint-Esprit est une femme? » Je n'ai pas parlé d'une femme, j'ai parlé d'une puissance féminine, d'un principe féminin. Et puis, pourquoi être choqué? Etes- vous choqués qu'on ait représenté le Saint-Esprit sous la forme d'une colombe? Or, qu'est-ce qu'une colombe sinon un oiseau de genre féminin. Et le  Saint-Esprit, que le Nouveau Testament appelle le Paraclet, c'est-à-dire en grec celui qui aide, qui protège, qui console, est une expression de l'amour, de la chaleur. Alors, il faut aller plus loin dans sa compréhension! Maintenant, comme je vous l'ai déjà expliqué, ces correspondances n'ont rien d'absolu et on peut aussi considérer que le Fils représente l'amour, puisque c'est lui qui s'offre éternellement en sacrifice pour la conservation du monde; et le Saint-Esprit peut représenter la sagesse, puisque c'est lui qui est descendu sur les apôtres sous la forme de langues de feu et leur a donné la faculté de prophétiser et de parler en langues.

Et c'est aussi du Saint-Esprit que parlait Jésus, quand il dit à ses disciples, au moment de les quitter: « J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant. Quand le Consolateur sera venu, l'Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité. » Le seul point irréfutable, c'est que Kéther représente le Père, la vie, avec ses deux manifestations, la chaleur et la lumière qui peuvent se transformer l'une dans l'autre, comme c'est aussi le cas dans le plan physique.

Si vous acceptez de poursuivre votre effort et de venir avec moi encore plus loin, j'ajouterai ceci: d'après une tradition kabbalistique, Hohmah, la Sagesse, est un principe féminin assimilé à l'épouse de Dieu, la Shékinah, et elle représente donc la Mère. « Alors, direzvous, où est le Fils maintenant? » Le Fils est uni à la Mère, ils sont inséparables l'un de l'autre. Comment parler d’une mère sans penser à son fils, et comment parler d'un fils sans penser à sa mère? On trouve une représentation de cette idée dans les tableaux de la Vierge à l'Enfant. Combien de peintres ont représenté Marie tenant Jésus dans ses bras ou sur ses genoux!

L'Enfant est au centre, et suivant la manière dont vous regardez le tableau vous pouvez ne voir que lui ou bien saisir l'ensemble: l'enfant et la mère. Mais même si vous ne fixez votre regard que sur l'enfant, sa mère est là. Quand on adopte ces correspondances: Kéther le Père, Hohmah la Mère et le Fils, on retrouve la Fille dans Binah, et toute la famille est reconstituée.  Vous direz que c'est à n'y plus rien comprendre... Au contraire, rien n'est plus clair ni plus précis, et c'est cela la Kabbale vivante.

Seulement, on ne peut pénétrer dans ce domaine qu'avec une pensée libre, dégagée. C'est à cette seule condition qu'on aura toujours de nouvelles richesses à découvrir ou à approfondir.
Il est très important de comprendre le sens de la Trinité tel que la Kabbale peut l'éclaircir à nos yeux. Mais plus important encore est d'apprendre à communier chaque jour avec cette Trinité à travers la vie, la lumière et la chaleur du soleil. C'est une loi que je ne cesserai jamais de répéter, car elle est une base essentielle de la vie spirituelle: tout ce qui existe en bas dans notre monde physique est à l'image de ce qui existe en haut dans le monde divin. La Sainte Trinité n'est ni dans la lumière, ni dans la chaleur, ni dans la vie du soleil, elle est bien au-delà; mais à travers cette lumière, cette chaleur et cette vie, nous pouvons nous approcher d'elle, communier avec elle et la faire pénétrer en nous pour recevoir toutes ses bénédictions.


Omraam